La cascade figée

24 août 2018

Congrès de New York sur le Qatar

Le conflit larvé qui oppose Abou Dhabi à Doha a finalement pris forme. C'était évidemment prévisible depuis un moment, mais cela n'empêche pas d'être inquiétant pour la suite. Il y a peu, je suis d'ailleurs allé pour suivre un séminaire où il a beaucoup été question de la situation qatarie. Il faut dire qu'avec les liens étroits que la France entretient avec les deux puissances, tout conflit des deux porte automatiquement atteinte à nos intérêts ! En résumé : le 5 juin, les Emirats Arabes Unis ont choisi de suspendre leurs liens diplomatiques avec le Qatar pour son soutien au terrorisme. Ces pays ont en outre pris des mesures punitives, comme le blocage de leurs frontières avec Doha ou la suspension des vols à destination du Qatar. La tension entre ce dernier et ses voisins n'est pas nouvelle, mais prend aujourd'hui une tournure inédite. En 2014, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis avaient par exemple retiré pendant 8 mois leurs ambassadeurs du Qatar, mais il n'y avait pas eu pour autant de rupture des relations diplomatiques ! La donne a cependant nettement changé, et notamment grâce aux déclarations de Trump contre l'Iran : l'Arabie saoudite en a donc profité pour monter au créneau contre son concurrent indépendant : le Qatar. Mais ce n'est pas tout. Aux dernières nouvelles, cette crise aurait été provoquée à la base par des hackers russes ! Par ce piratage, le Kremlin souhaitait causer des dissensions entre la Maison Blanche et ses soutiens, le Qatar hébergeant une importante base militaire américaine. Le Qatar a en effet annoncé avoir été victime de hackers qui ont communiqué sur le site de l'agence de presse des paroles prêtées faussement au Cheikh du Qatar ! Et la Russie a eu ce qu'elle voulait. Trump a d'emblée approuvé le blocus du Qatar par les Emirats, confortant de fait le mouvement de l'Arabie saoudite et de ses alliés. Trump réagit si vite aux événements qu'il n'est pas difficile à manipuler... Quoi qu'il en soit, ce séminaire était vraiment excellent. Voici l'agence qui l'a préparé, si vous devez organiser un événement. Pour en savoir plus, je vous recommande la lecture du site sur ce séminaire qui est très bien rédigé sur ce thème. Pour en savoir plus, je vous recommande la lecture du site sur ce séminaire à New York qui est très bien élaboré sur ce sujet.

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21 août 2018

Les comparaisons internationales placent la France dans une position honorable mais déclinante en termes de dépôts de brevets

Le nombre de brevets déposés dans le monde a considérablement augmenté depuis dix ans. Entre 1991 et 2002, dernière année pour laquelle les données sont disponibles, la progression du nombre de demandes auprès de l’Office européen des brevets a été de 5,7 % en moyenne par an pour l’ensemble des secteurs, avec des progressions particulièrement fortes pour les secteurs des biotechnologies (+8,3 % en moyenne par an) et des technologies de l’information (+7,6 % en moyenne par an). Si la tendance est significative, une comparaison du nombre absolu des brevets doit être faite avec prudence. Un pays qui brevette plus qu’un autre n’est pas nécessairement un pays qui innove plus. De plus, les pays n’ont pas les mêmes traditions de dépôt. Ainsi, le nombre de dépôts d’origine allemande est considéré comme artificiellement gonflé par l’effet de la loi sur la rémunération des inventeurs salariés : si l’entreprise ne dépose pas le brevet, l’inventeur salarié peut déposer lui-même l’invention et en revendiquer la propriété, ce qui incite les entreprises allemandes à breveter beaucoup plus systématiquement. Le nombre absolu de brevets déposés n’est donc pas un objectif en soi. Son évolution, comparée notamment à celle des moyens humains et financiers investis par la Nation, est, en revanche, une indication intéressante sur la position de la France en matière d’innovation et de protection de l’innovation. Certains pays européens comme les Pays-Bas, la Suède ou la Suisse déposent relativement plus de brevets que la France comparativement à leur PIB, leur population et leurs dépenses privées en recherche et développement. L’interprétation de ce résultat est délicate. Pour les Pays-Bas, par exemple, le nombre élevé de brevets s’explique en partie par la centralisation dans ce pays, de l’ensemble des brevets développés par les centres de recherche de Philips dans le monde entier. La meilleure performance de certains de nos partenaires européens peut donc avoir différentes causes : une volonté plus forte de protéger l’innovation, mais aussi une spécialisation plus marquée dans des secteurs innovants, voire une plus grande efficacité de leur système de recherche et développement. Dans une perspective plus dynamique, la position de la France au sein de l’Union européenne selon le nombre de brevets qu’il soit triadique, européen ou américain se dégrade depuis 15 ans. Au total, les comparaisons internationales placent la France dans une situation honorable en matière de dépôts de brevets. Cette position est cependant déclinante en raison d’un moindre effort de recherche et développement, en particulier dans les entreprises. La France n’est pas seule dans cette situation comme en témoigne le cas du Royaume Uni. Mais, à l’inverse, les bons résultats de pays plus petits ou de pays émergents soulignent également le fait que d’autres ont choisi des stratégies plus affirmées de développement par l’innovation avec des résultats plus probants.

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28 mai 2018

Tentative culinaire en Finlande

Quand l'entreprise qui m'emploie sent un coup de mou dans la motivation de ses salariés, elle a l'intelligence de réagir : elle organise alors le plus souvent un incentive pour redonner une dynamique aux équipes. Comme nous sortions d'une période assez compliquée au travail, les ressources humaines ont proposé vendredi dernier à notre équipe de participer à un incentive culinaire. Celui-ci s'est passé à Orta en Finlande et a reçu un excellent accueil. Un atelier cuisine peut sembler assez insolite pour remonter le moral des troupes, mais pour en avoir fait plusieurs, je peux vous assurer que le concept est très efficace. Et c'est un gars qui n'aime pas la cuisine qui vous le dit ! Pour vous dire à quel point je cuisine peu : quand ma femme me demande de cuisiner le repas du soir, je me contente d'aller chercher des kebabs à côté. Cuisiner est le plus souvent pour moi une totale perte de temps. Mais pas toujours. Car quand il s'agit de cuisiner en groupe, il me prend soudain des envies de devenir un vrai cordon bleu. Parce que cuisiner avec ses collègues est une expérience riche en découvertes : cela permet par exemple d'engager la conversation avec des collaborateurs qu'on ne connaît pas, ou seulement de vue. Cela permet aussi selon moi d'établir des relations différentes de celles qu'on peut avoir au bureau. Sur le plan de travail, les aptitudes individuelles n'entretiennent effectivement pas le moindre lien avec la position qu'on occupe dans la société : de petits salariés peuvent donc venir en aide à leurs patrons et leur faire part de techniques culinaires. C’est une situation gratifiante pour les premiers et génératrice de cohésion, parce que chaque participant peut observer l’intérêt que peut représenter le fait de travailler en équipe. Mais le couronnement de ce genre d'incentive, cela reste la dégustation, qui est un moment très agréable partagé entre tous les participants, et parfait pour entretenir la vie de groupe. De toutes les formes que peut prendre un incentive, l'atelier culinaire est pour moi l'une des plus réussies, en termes de cohésion d'équipe. Je vous mets en lien l'agence qui a organisé cet incentive, si vous souhaitez avoir une idée des menus qu'il est possible de réaliser. ;-) A lire sur le site de cette expérience incentive en Finlande.

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23 mai 2018

Protection sociale : les enjeux liés à la mesure du produit intérieur brut

La part des dépenses de protection sociale dans la richesse nationale est fonction à la fois de son numérateur – les montants de prestations versées pour un périmètre de dépenses donné – et de son dénominateur – le PIB. Or, la mesure du PIB est sujette à des débats méthodologiques récurrents, mais qui se sont ranimés depuis le déclenchement de la crise économique et financière en 2008-09. Le premier débat, qui porte sur la mesure du PIB en volume – c’est-à-dire du PIB en valeur déflaté des prix – a notamment été soulevé en France par des économistes comme Philippe Aghion ou Patrick Artus. La mesure du PIB en volume suppose de savoir faire la part, dans l’évolution des prix, entre l’inflation proprement dite et l’augmentation en qualité des produits, la première seule étant déflatée du PIB en valeur pour obtenir l’estimation du PIB en volume. L’augmentation de la qualité des biens est particulièrement délicate à mesurer pour les services, mais aussi pour les biens de haute technologie, qui apportent des innovations pour lesquels il n’existe pas de comparateur de prix identifiable parmi les biens existants. Cette difficulté – identifiée depuis longtemps et qui avait donné lieu en 1987 à un célèbre article de Robert Solow – est fortement mise en avant par certains économistes pour tenter de réconcilier deux phénomènes en apparence contradictoires : le rythme rapide de l’innovation observé ces dernières années dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, d’une part, et la faible croissance de la productivité et du PIB en volume décrite dans les agrégats de la comptabilité nationale, d’autre part. Selon ces économistes, il se pourrait qu’une partie des « effets de qualité » soit incorporée à tort dans l’inflation dans les statistiques publiques, ce qui pourrait conduire à sous-estimer l’évolution du PIB en volume et les gains de productivité par rapport à leur valeur effective et, inversement, à surestimer l’inflation. Un second débat, qui a été relancé notamment par la hausse importante du PIB mesurée pour 2015 par les services statistiques irlandais en 2016, porte sur la volatilité du PIB au regard des choix de localisation par les entreprises multinationales de leurs actifs – notamment incorporels : brevets, licences d’exploitation – dans les différents pays. Des changements de localisation – pour des raisons fiscales, par exemple – déplaceront d’un pays vers un autre les flux de revenus, ou redevances, issus de l’utilisation de ces actifs par l’ensemble des filiales de la firme, avec des effets d’autant plus importants sur le PIB lorsque ces mouvements s’opèrent vers de petites économies très ouvertes, comme l’Irlande. Enfin, un troisième débat porte sur la pertinence du PIB proprement dit au regard d’indicateurs de bien-être. Comme l’ont notamment montré les travaux de la commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social réunie sous l’égide de J. Stieglitz, A. Sen et J.-P. Fitoussi, le PIB ne fournit qu’une mesure de la production donnant lieu à une évaluation monétaire. Mais cette mesure ne tient compte ni du travail domestique ou bénévole, ni du « développement humain », du bien-être social ou des richesses environnementales.

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21 mars 2018

Une invitée évincée d’une émission en direct pour des propos racistes

Comment gérer le cas d’une invitée, spécialiste des Etats-Unis, tenant en direct sur le plateau d’une chaîne télévisée d’information en continu des propos diffamatoires à l’encontre du président Obama accusé de « faire partie des gens qui détestent l’Amérique » et d’être « dans son cœur plus musulman que chrétien », et stigmatisants à l’égard des membres de la confession musulmane, tous assimilés à des terroristes ? La direction de la rédaction a assumé, par communiqué, le fait d’avoir contraint cette invitée à quitter le plateau. Si cette décision peut paraître, de prime abord, contraire à la liberté d’expression, elle semble néanmoins justifiée au regard des règles déontologiques de la profession, rappelées dans la charte de la chaîne concernée. En effet, si le pluralisme et l’équilibre des courants de pensées et des opinions doivent être recherchés à l’antenne – des analyses ou opinions contradictoires doivent donc pouvoir s’y exprimer librement -, néanmoins toute atteinte à la dignité de la personne humaine, toute assimilation, toute stigmatisation visant l’appartenance à une religion sont intolérables. Dans le cas d’une émission en direct, demander à cette personne de quitter le plateau était sans doute la solution la plus appropriée. Toujours dommageable, un dérapage de cette nature est cependant évitable. La gestion d’invités en direct relève certes d’un exercice subtil mais la préparation du plateau se doit d’être toujours maîtrisée. En l’occurrence, on retiendra pour le moins un défaut de vigilance professionnelle : inviter une personne dont les affirmations complotistes étaient déjà connues et se manifestaient depuis longtemps en librairie ainsi que sur les ondes et les pages de médias autoproclamés de ré-information relève d’une grande légèreté.

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23 février 2018

Les senteurs du vin

Le week-end dernier,je suis allé à Nantes pour y suivre un cours d'oenologie. Nous nous sommes concentrés tout du long sur les odeurs du vin : un thème fréquemment dédaigné par les amateurs mais qui est pourtant au coeur de l'expérience oenologique. Ca peut sembler évident, mais personnellement, je ne le savais pas : quand on dépeint les odeurs d'un vin, on ne fait que des comparaisons, sans jamais utiliser les noms réels. C'est que non seulement on ne connaît pas les noms chimiques, mais en plus ils n'évoquent rien dans l'esprit des gens : il est de ce fait plus commode d'évoquer une odeur de rose que de géraniol ! :) A titre d'exemple, voici les différentes familles d'odeurs que j'ai pu apprécier à l'occasion de ce cours. Les odeurs florales caractérisent plutôt les vins jeunes : fleur d'acacia dans les vins de cépage chenin, jasmin dans d'autres vins blancs... On peut trouver de même des odeurs de fleurs dans les vins rouges, comme la pivoine dans les chiroubles ! Les odeurs minérales évoquent la craie dans les vins secs de chenin, ou bien la pierre humide dans certains chablis. Les odeurs boisées, telles que le pin, se retrouvent quant à elles souvent sur certains terroirs, notamment dans les vins de Graves. Ceci dit, il ne faut pas se laisser arrêter par tout ce déballage d'informations. Analyser l'odeur d'un vin est en réalité une expérience très agréable, pas du tout prise de tête. D’autant plus que ce qu'on sent est très subjectif : il ne sert donc strictement à rien de se sentir mal si vous ne sentez pas l'abricot que d'autres perçoivent dans un vin ! Ce n'est pas un problème car, en fin de compte, deux personnes peuvent percevoir des choses très différentes... et avoir toutes les deux raisons ! Quoi qu'il en soit, je vous recommande les cours d'oenologie. On y découvre pas mal de choses, et dans une ambiance chaleureuse. D'ailleurs, je vous mets en lien le site de mon cours à Nantes, si vous voulez jeter un oeil. Davantage d'information est disponible sur le site de l'agence organisatrice de ce cours d'oenologie à Nantes. Cliquez sur le lien.

 

vin (2)

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05 février 2018

Une info amusante pour commencer

Ouvrons ce blog consacré à l'actualité sur une information légère et qui prête à sourire : le mouvement En Marche s'exporte au Royaume-Uni. Ses membres entendent calquer leur stratégie sur celle d'Emmanuel Macron en allant à la rencontre des électeurs pour leur demander ce qu'il ne va pas dans leur pays.

L'initiative peut évidemment fonctionner. Après tout, celle de Macron a fonctionné à merveille. Et il n'est pas interdit que celle qui va être lancée au Royaume-Uni crée elle aussi la surprise, débordant et dévastant les partis traditionnels. Mais il est tout de même important de préciser que la réussite d'En Marche en France est liée à certaines conditions, et notamment la présence de son leader.

Je ne suis pas un grand supporter d'Emmanuel Macron, mais il faut reconnaître à notre président actuel ce mérite : il a du charisme, tout étrange qu'il puisse être parfois (par son langage archaïques, ses discours très creux, et le soin extrême apporté à son image). Et si le mouvement En Marche s'est imposé comme premier parti de France sans réelle opposition face à lui, c'est bien grâce à lui. Il a été la figure de proue, l'initiateur, le défenseur et l'image de ce mouvement naissant. Bien sûr, il a su profiter d'une fatigue des partis traditionnels pour s'imposer, mais il serait injuste de ne pas lui reconnaître son mérite en la matière.

J'entends parler de cette réplique anglaise d'En Marche, mais je n'entends parler d'aucun leader pour l'incarner. Et c'est là, à mon sens, une grave erreur, qui conduira sans doute le projet à être mort-né. Contrairement aux airs qu'il a pu se donner (et se donne encore parfois), En Marche n'est en rien un renouveau de la démocratie : il n'est qu'un parti créé autour de et pour la personne de monsieur Macron, un simple outil pour accéder à la fonction suprême. Le mouvement britannique a ses chances, à condition qu'il trouve un visage pour l'incarner et le défendre. Sinon, le mouvement fera pshuitt plus vite qu'il n'aura mis de temps à apparaître !

Posté par ylegrand à 11:15 - Permalien [#]