Comment gérer le cas d’une invitée, spécialiste des Etats-Unis, tenant en direct sur le plateau d’une chaîne télévisée d’information en continu des propos diffamatoires à l’encontre du président Obama accusé de « faire partie des gens qui détestent l’Amérique » et d’être « dans son cœur plus musulman que chrétien », et stigmatisants à l’égard des membres de la confession musulmane, tous assimilés à des terroristes ? La direction de la rédaction a assumé, par communiqué, le fait d’avoir contraint cette invitée à quitter le plateau. Si cette décision peut paraître, de prime abord, contraire à la liberté d’expression, elle semble néanmoins justifiée au regard des règles déontologiques de la profession, rappelées dans la charte de la chaîne concernée. En effet, si le pluralisme et l’équilibre des courants de pensées et des opinions doivent être recherchés à l’antenne – des analyses ou opinions contradictoires doivent donc pouvoir s’y exprimer librement -, néanmoins toute atteinte à la dignité de la personne humaine, toute assimilation, toute stigmatisation visant l’appartenance à une religion sont intolérables. Dans le cas d’une émission en direct, demander à cette personne de quitter le plateau était sans doute la solution la plus appropriée. Toujours dommageable, un dérapage de cette nature est cependant évitable. La gestion d’invités en direct relève certes d’un exercice subtil mais la préparation du plateau se doit d’être toujours maîtrisée. En l’occurrence, on retiendra pour le moins un défaut de vigilance professionnelle : inviter une personne dont les affirmations complotistes étaient déjà connues et se manifestaient depuis longtemps en librairie ainsi que sur les ondes et les pages de médias autoproclamés de ré-information relève d’une grande légèreté.