La part des dépenses de protection sociale dans la richesse nationale est fonction à la fois de son numérateur – les montants de prestations versées pour un périmètre de dépenses donné – et de son dénominateur – le PIB. Or, la mesure du PIB est sujette à des débats méthodologiques récurrents, mais qui se sont ranimés depuis le déclenchement de la crise économique et financière en 2008-09. Le premier débat, qui porte sur la mesure du PIB en volume – c’est-à-dire du PIB en valeur déflaté des prix – a notamment été soulevé en France par des économistes comme Philippe Aghion ou Patrick Artus. La mesure du PIB en volume suppose de savoir faire la part, dans l’évolution des prix, entre l’inflation proprement dite et l’augmentation en qualité des produits, la première seule étant déflatée du PIB en valeur pour obtenir l’estimation du PIB en volume. L’augmentation de la qualité des biens est particulièrement délicate à mesurer pour les services, mais aussi pour les biens de haute technologie, qui apportent des innovations pour lesquels il n’existe pas de comparateur de prix identifiable parmi les biens existants. Cette difficulté – identifiée depuis longtemps et qui avait donné lieu en 1987 à un célèbre article de Robert Solow – est fortement mise en avant par certains économistes pour tenter de réconcilier deux phénomènes en apparence contradictoires : le rythme rapide de l’innovation observé ces dernières années dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, d’une part, et la faible croissance de la productivité et du PIB en volume décrite dans les agrégats de la comptabilité nationale, d’autre part. Selon ces économistes, il se pourrait qu’une partie des « effets de qualité » soit incorporée à tort dans l’inflation dans les statistiques publiques, ce qui pourrait conduire à sous-estimer l’évolution du PIB en volume et les gains de productivité par rapport à leur valeur effective et, inversement, à surestimer l’inflation. Un second débat, qui a été relancé notamment par la hausse importante du PIB mesurée pour 2015 par les services statistiques irlandais en 2016, porte sur la volatilité du PIB au regard des choix de localisation par les entreprises multinationales de leurs actifs – notamment incorporels : brevets, licences d’exploitation – dans les différents pays. Des changements de localisation – pour des raisons fiscales, par exemple – déplaceront d’un pays vers un autre les flux de revenus, ou redevances, issus de l’utilisation de ces actifs par l’ensemble des filiales de la firme, avec des effets d’autant plus importants sur le PIB lorsque ces mouvements s’opèrent vers de petites économies très ouvertes, comme l’Irlande. Enfin, un troisième débat porte sur la pertinence du PIB proprement dit au regard d’indicateurs de bien-être. Comme l’ont notamment montré les travaux de la commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social réunie sous l’égide de J. Stieglitz, A. Sen et J.-P. Fitoussi, le PIB ne fournit qu’une mesure de la production donnant lieu à une évaluation monétaire. Mais cette mesure ne tient compte ni du travail domestique ou bénévole, ni du « développement humain », du bien-être social ou des richesses environnementales.